Quand les Américains s’inspirent du mix électrique français

Même les Américains s’étonnent que la France puisse produire de l’électricité décarbonée à un coût bien plus bas qu’en Allemagne ! L’ecologiste californien Michael Shellenberger a découvert comment et raconte son analyse dans un article publié le 5 février 2019 dans la revue Forbes, traduit en français par Jacques Marlot.

Demandez à presque n’importe quelle économiste et elle vous dira la même chose : si vous voulez sauver la planète des changements climatiques galopants, vous devez rendre l’énergie chère.

« L’économie contient une vérité fondamentale sur la politique en matière de changement climatique « , a écrit l’économiste William Nordhaus de l’Université de Yale en 2008, lauréat du prix Nobel en 2018. « Pour qu’une politique soit efficace pour résoudre le problème du réchauffement climatique, elle doit augmenter le prix de marché du carbone, ce qui fera augmenter les prix de marché des combustibles fossiles et des produits issus de ces combustibles ».

Diverses politiques peuvent être utilisées pour rendre l’électricité plus chère. Par exemple, on peut taxer les émissions de carbone ou mettre en place des règlements sur la pollution atmosphérique.

Cependant, la façon la plus populaire de rendre l’énergie chère est de faire ce que l’Allemagne a fait, c’est-à-dire, subventionner les énergies solaire et éolienne par le biais d’une surtaxe (ou taxe) sur l’électricité.

Mais ces efforts soulèvent la question suivante : pourquoi, si rendre l’énergie chère est nécessaire pour réduire les émissions, la France génère-t-elle moins d’un dixième des émissions de carbone de l’Allemagne à près de la moitié du coût ?

Allemagne – France

Peu de pays ont fait plus que l’Allemagne pour rendre l’énergie chère au nom de la sauvegarde du climat.

Une nouvelle étude de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) montre comment l’Allemagne, entre 2006 et 2017, a augmenté le coût de l’électricité pour les ménages de 34%.

Le rapport, « Les coûts de la décarbonisation », montre comment le gouvernement allemand a rendu l’électricité chère en obligeant les consommateurs à subventionner l’énergie solaire, l’énergie éolienne et d’autres formes d’énergie renouvelable.

Cette réalité surprendra de nombreux journalistes et autres défenseurs des énergies renouvelables qui ont constaté que, sur la même période, le coût des panneaux solaires et des éoliennes a diminué de façon spectaculaire.

Il s’avère que ces coûts moins élevés n’ont pas permis aux Allemands de dépenser moins pour les énergies renouvelables. En fait, ils ont dû dépenser plus.

Parce que le solaire et l’éolien sont intrinsèquement peu fiables et diluent l’énergie, l’Allemagne a dû dépenser 27 % de plus pour des éléments du système électrique comme les lignes de transport d’énergie provenant de parcs solaires et éoliens éloignés répartis sur l’ensemble du pays.

L’électricité allemande coûteuse a-t-elle permis de réduire les émissions de carbone ? Ce n’est pas le cas. Les émissions de carbone du pays sont stables depuis 2009. Une grande partie de la raison en est due à la tentative du pays de remplacer les centrales nucléaires par l’énergie solaire et éolienne.

En 2018, les émissions de carbone de l’Allemagne ont légèrement diminué, mais seulement en raison d’un temps exceptionnellement chaud et, paradoxalement, d’une production nucléaire plus élevée (4,9 %) qui a augmenté davantage que celle des énergies renouvelables (3,1 %).

Les promoteurs des subventions aux énergies renouvelables ont affirmé en 2015 que le coût de l’électricité culminerait en 2023, mais le nouveau rapport de l’OCDE conclut que les prix de l’électricité augmenteront tant que l’Allemagne continuera à déployer l’énergie solaire et éolienne – en d’autres termes, indéfiniment.

Les coûts de l’électricité en France ne représentent que 59% du prix de l’électricité en Allemagne. Ainsi, selon l’opinion économique dominante, l’électricité française devrait être beaucoup plus émettrice de carbone que l’électricité allemande. Et pourtant, c’est le contraire qui se produit. Pour la production d’électricité, les émissions de CO2 de la France sont dix fois moins élevées que celles de l’Allemagne.

Pourquoi ? Parce que la France produit 72 % de son électricité à partir du nucléaire et seulement 6 % à partir du solaire et de l’éolien.

La France suivra-t-elle l’Allemagne ?

Depuis des années, l’Allemagne fait pression sur la France, dont l’économie est plus petite, pour qu’elle suive son exemple en fermant ses centrales nucléaires et en développant l’énergie solaire et l’énergie éolienne.

La France a de plus en plus fait ce que l’Allemagne veut. Selon la Commission de Régulation de l’Énergie française, 29 milliards d’euros (33 milliards de dollars US) ont été utilisés pour acheter de l’électricité éolienne et solaire en France métropolitaine entre 2009 et 2018.

Mais l’argent dépensé dans les énergies renouvelables n’a pas permis de produire de l’électricité plus propre, selon une nouvelle analyse réalisée par mes collègues d’Environmental Progress, Mark Nelson et Madison Czerwinski.

En fait, l’intensité carbone de l’électricité française a augmenté. Après des années de subventions pour le solaire et l’éolien, les émissions de la France en 2017 (68 g de CO2 par kWh) ont été supérieures à celles de toute autre année entre 2012 et 2016.

La raison ? La production record d’énergie éolienne et d’énergie solaire n’a pas compensé la baisse de la production d’énergie nucléaire et l’augmentation de la consommation de gaz naturel. Et maintenant, le coût élevé de l’électricité renouvelable apparaît dans les factures d’électricité des ménages français.

Selon Eurostat, bien que les ménages français paient 41% de moins que les ménages allemands, le prix de l’électricité en France a, au cours de la dernière décennie, augmenté beaucoup plus rapidement que celui de l’électricité en Allemagne.

« Les prix français ont augmenté de 45 % depuis 2009, contre 29 % en Allemagne et 25 % dans l’UE « , notent Nelson et Czerwinski.

C’est un problème, remarquent-ils, parce que  » l’électricité chère a un effet dissuasif sur l’électrification des transports, du chauffage et la cuisine, qui représentent ensemble une part plus importante de l’énergie, et des émissions de carbone, que l’électricité « .

Les deux arrivent à une conclusion choquante : « La France aurait pu complètement décarboner son secteur de l’électricité si elle avait dépensé 32 milliards de dollars pour de nouvelles centrales nucléaires plutôt que pour des énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien ».

Et si la France continuait à exploiter Fessenheim, une centrale nucléaire dont la fermeture est prévue en 2020, démarrait une nouvelle centrale nucléaire appelée Flamanville, construisait trois réacteurs supplémentaires de la même taille et exploitait chaque centrale nucléaire en moyenne 85 % de l’année au lieu de 70 % actuellement, elle pourrait produire une électricité sans carbone suffisante pour décarboner complètement son secteur routier.

Mais la France ne semble pas disposée à le faire. Au lieu de cela, le Président français, Emmanuel Macron, a annoncé récemment qu’il s’en tiendrait aux plans visant à réduire l’utilisation de ses centrales nucléaires par le pays, à augmenter sa production d’énergies renouvelables et donc – nécessairement – à augmenter les prix de l’énergie.

En tant que tel, Macron semble avoir peu appris des protestations des gilets jaunes qui ont été déclenchées l’an dernier après qu’il ait fait ce que les économistes et les Allemands ont longtemps insisté pour qu’il fasse pour lutter contre le changement climatique : augmenter les prix de l’essence et du diesel en taxant les émissions de carbone.

Michael Shellenberger,
Président d’Environmental Progress, « Héros de l’environnement » du Time Magazine

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