Que recouvre la notion de sécurité électrique ?

Notre fonctionnement personnel peut nous éclairer sur ce que recouvre la notion de sécurité électrique. Entre un et deux ans nous avons appris le sens de l’équilibre obtenu par notre cerveau qui intègre nos perceptions et le fonctionnement de l’oreille interne.  Et notre organisme sait gérer l’adéquation parfaite entre la fourniture d’énergie de sucre par le sang et les différents besoins de notre corps toujours variables. Les personnes qui souffrent de handicaps d’équilibre ou de diabète risquent des épisodes dangereux de chutes ou de crises d’hypo ou d’hyper glycémie.
Eh bien il en est de même pour notre système électrique qui doit à tout moment ajuster parfaitement l’offre (la production des différents moyens, thermiques, nucléaires, et renouvelables) à une demande variable sous peine, en cas de déséquilibre, de perdre la fréquence qui conditionne les fonctionnements des usages et de conduire à des incidents graves pouvant aller jusqu’à des black-out, événements qui sont arrivés par exemple récemment en Australie du Sud.

L’équilibre instantané concerne la capacité du système électrique à encaisser des perturbations instantanées, par exemple l’accident survenant à une ligne ou le démarrage d’une rame TGV qui appelle une très forte puissance. C’est l’inertie des nombreuses machines tournantes des centrales pilotables, thermiques et nucléaires, qui absorbe ou produit si nécessaire l’écart très rapide d’énergie qui assure cette sécurité. Les énergies renouvelables intermittentes, bien qu’elles-mêmes responsables d’à-coups rapides de production, n’ont pas techniquement cette capacité.

L’ajustement dans des délais plus longs de l’offre à la demande résulte de la combinaison des différents moyens par le responsable du réseau. Ainsi il peut moduler à la hausse ou à la baisse la puissance des différentes centrales pilotables, les plus réactives étant celles qui fonctionnent au gaz. Mais même le nucléaire français peut aujourd’hui adapter en trente minutes 80% de sa puissance.

Une étude d’EDF R&D sur le fonctionnement des systèmes électriques dans la plaque européenne a ainsi démontré que l’on pouvait à la fois assurer l’équilibre instantané du réseau et les ajustements provenant de la variabilité du solaire et de l’éolien et de la demande en intégrant jusqu’à 40% de productions renouvelables intermittentes , mais en gardant la grande majorité du potentiel pilotable actuel, nucléaire et fossile pour assurer la compensation des intermittences en l’absence de rentabilité, ou de faisabilité à grande échelle des stockages existants ou en développement.

Un défi, assurer l’équilibre du réseau pendant les pointes de grands froids.

C’est lorsque les grands froids s’étendent sur l’Europe que la demande est la plus forte, lorsque les français en rentrant allument leurs appareils.

Ainsi notre pays a connu le 6février 2012 à 19 h une demande de 102 GW satisfaite par la mobilisation des ressources suivantes (en Millions de kWh) – disponibilités correspondantes en 2022 :

Nucléaire 59,5   Les travaux du grand carénage diminueront la disponibilité du parc historique. L’arrivée de l’EPR  Flamanville sera annulée par la fermeture de Fessenheim.

Hydraulique 14    équivalente

Gaz 8 de l’ordre de 10GW    soit +2

Charbon 5    décidé fermé, soit -5

Fuel 5    déjà fermé, soit -5

Solaire 0    toujours 0 à 19h

Eolien facteur de charge 20% 1,7    avec le même facteur de charge 3,4 soit + 1,7 ,

Bioénergie 0,6    0, 6 =

Pompage 2     2 =

Importations 7    La question, car toutes les autorités chargées des réseaux d’Europe attirent l’attention des responsables sur les difficultés rencontrées par les producteurs pour maintenir en service les vieilles centrales fossiles pilotables devenues non rentables à cause des productions renouvelables ayant priorité sur le réseau. D’autre part l’Allemagne a décidé de fermer la totalité de son, nucléaire en 2022. Un recours à l’importation de l’ordre de 7 GW en 2022 apparait donc comme problématique.

Il y a chaque année une probabilité de 10% de retrouver les conditions météo de 2012 entrainant une pointe de demande électrique de plus de 100GW.

Il est donc légitime de poser la question de la sécurité électrique des hivers à venir.

Aujourd’hui, ce n’est plus EDF, mais le politique qui via son bras armé RTE est responsable de la sécurité électrique.

Dans la période récente marquée par le monopole, c’était EDF qui du président jusqu’à tous ses personnels était responsable de la sécurité électrique et cela fonctionne encore aujourd’hui dans la lancée de cet héritage. Mais aujourd’hui soumise à concurrence, EDF n’est plus chargée que de la fourniture de ses clients. Or ceux-ci n’ont pas investi dans des moyens de production leur permettant d’assurer cette responsabilité. C’est maintenant le Politique qui a nommé comme président de RTE l’ex-député F.Brottes qui a cette charge puisque l’Europe ne s’en occupe pas.

Jusqu’à ce jour, c’est en toute confiance que les Français se déplacent en train ou en métro, prennent les ascenseurs, ouvrent leurs congélateurs et utilisent internet pour leur travail ou leurs loisirs, font leurs courses. Comment réagiraient-ils s’ils connaissaient des épisodes de délestages imprévus ?