Pourquoi remettre en cause le scenario Negawatt ?


L’association NégaWatt publie depuis longtemps un scénario d’offre et demande énergétique du même nom, basé sur la « sobriété », et dont la principale caractéristique est de promouvoir une France qui fonctionne sans hydrocarbure et sans énergie nucléaire.

Fortement relayé par les médias et partiellement repris par l’étude de l’ADEME « 100% énergies renouvelables » qui reflète les mêmes écueils*, ce plan présente plusieurs (très) gros désavantages, également insurmontables.

Il est avant tout techniquement faux.

Très ambitieux dans le secteur thermique du bâtiment où il ambitionne de transformer l’immobilier ancien en logements à basse consommation, NégaWatt prévoit une diminution de 42% de la consommation électrique chez les particuliers et même de 46% dans le secteur tertiaire. Leur manuel La maison des NégaWatt ne dit pas comment parvenir à de tels résultats d’autant plus qu’aucune expérience collective, en France ou à l’étranger, n’a permis d’en même démontrer la faisabilité.

Dans le secteur de la production électrique, le photovoltaïque et l’éolien sont essentiellement mobilisés pour répondre à la demande et entraînent donc pour se faire un besoin important de capacités de stockage. Pour traiter le problème difficile du stockage de l’électricité, là encore insoluble ailleurs, dans les conférences NégaWatt fait appel à la coûteuse méthanation*. Ce procédé de production d’électricité avait pourtant été écarté, hors cogénération, dans les versions précédentes du scenario NégaWatt à cause du mauvais rendement du cycle (20%).

Depuis l’origine NégaWatt s’est refusé à toute processus de validation externe de ses scénarios comme c’est l’usage dans les milieux scientifiques et industriels.

A supposer qu’il puisse être rendu possible, le scénario NégaWatt serait ensuite ruineux. Le coût d’investissement de son programme d’isolation des bâtiments par exemple, 550 €/m2, se traduit par un investissement annuel de l’Etat de 50 Md€ alors que le marché aidé ne dépasse pas les 14 Md€* ; il faudrait donc trouver 36 Md€ de fonds publics supplémentaires par an. On comprend pourquoi NégaWatt en douze années d’existence n’a convertit aucun village où même écoquartier à sa doctrine.

La rationalité économique et écologique pourrait proposer que soient utilisés, par exemple, les bénéfices du parc nucléaire amorti, et déjà décarboné, pour financer les investissements nécessaires à la mise à niveau du parc immobilier, mais, au lieu d’optimiser ainsi les flux existants, NégaWatt propose au contraire de fermer au plus tôt le parc nucléaire, décarboné donc, et d’importer du … gaz !

Enfin, NégaWatt ignore les fondamentaux sur lesquels s’est construite la société française. Alors que l’immobilier est le principal patrimoine des français, que le pays compte 15 000 monuments historiques, NégaWatt propose de construire trois fois plus d’éolien terrestre que ce que les régions avaient jugé possible en 2008. Avec 50 parcs éoliens par département, chaque français hors des métropoles, habiterait à quelques kilomètres de mâts d’éoliennes de 160m pour les plus hautes (190m à l’étude) équivalent à la hauteur du nouveau palais de justice de Paris.

Pour finir, afin que ce scénario, déjà ambitieux donc et « difficile » de mis en œuvre, s’équilibre, NégaWatt y contraint les français à la sobriété énergétique ; autre mot pour privation, la sobriété étant la réduction des services consommateurs d’énergie auparavant accessibles. C’est à dire moins de surface, moins de déplacements, moins de nourriture, etc. Le corollaire à cette hypothèse structurante et fondatrice du scénario NégaWatt devient donc, de fait, la contrainte par l’amende ou le rationnement. Le scénario propose en effet d’aller à l’encontre des lois économiques en imaginant que tous réduisent volontairement et spontanément leur utilisation des moyens les plus efficaces, au contraire de l’expérience sociale.

Il est aisé de tracer des courbes, il l’est moins de contraindre tous les ménages.

Techniquement faux, économiquement irréaliste, socialement inacceptable, NégaWatt est le fruit d’une forme de démagogie énergétique produite par des militants pour des militants, ne pouvant s’incarner dans le réel mais satisfaisant une imagerie présentée trop souvent comme réaliste et dévoyant, de fait, les initiatives moins idéalistes peut-être mais visant à faire, vraiment, quelque chose.