Avant de quitter ses fonctions, le Ministre Nicolas Hulot a conclu le débat public sur la programmation publique de l’énergie, en appelant à accélérer. C’est bien nécessaire, car tous les voyants, faisant le point sur les progrès de la France dans sa mobilisation pour le climat,  sont au rouge : nos émissions sont sur une pente croissante depuis trois ans, + 4% pour  celles dépendant de l’énergie en 2017. Alors demander d’accélérer à un véhicule qui patine fait prendre le risque de  l’enliser davantage en creusant ses ornières. Le ministère de l’écologie a avoué un écart signifiant sur la trajectoire qui devrait nous diriger vers le respect de nos engagement COP21, à savoir réduire entre 1990 et 2030 de 40% nos émissions de gaz à effet de serre.

Tout au long de ce débat, et en particulier lors de son introduction et de sa conclusion, les déclarations du ministre, et de ses services, ont été centrées sur le nombre de réacteurs à fermer, de 8 à 16. Pour les travailleurs du nucléaire qui observent ce qui est programmé pour Fessenheim, cela veut dire une perte immédiate de plus de plus de 1000 emplois par réacteur sans plan social autre que de bonnes paroles d’un secrétaire d’état.

Ce débat a été très riche et les travailleurs du nucléaire ont été très attentifs aux  très nombreuses contributions de la France des sciences, des compétences et du travail qui ont appelé à une meilleure utilisation de notre potentiel nucléaire. Nous en citons deux :

1° L’Académie des Sciences a pris la peine de rédiger un cahier d’acteur. Elle fait d’abord un constat pessimiste :

« …Or si l’on regarde les indicateurs pertinents, on constate que nous sommes en retard sur les ambitions de la France exprimées à la fois dans la loi sur la transition énergétique et par la COP 21. Ce retard est perceptible aussi bien sur les objectifs de réduction de consommation d’énergie finale que sur la diminution de l’empreinte CO2 de notre production énergétique…. »

Plus loin, l’Académie dénonce un manque de clarté des politiques qui conduit à tromper l’opinion :

« ..Dans l’état actuel du débat, nos concitoyens pourraient être conduits à penser qu’il serait possible de développer massivement les énergies renouvelables comme moyen de décarbonation du système énergétique en se débarrassant à la fois des énergies fossiles et du nucléaire. Ce n’est malheureusement pas le cas… »

L’Académie met en garde face à l’illusion, hélas largement développée dans les réponses aux très nombreuses questions du ministère de l’écologie, selon laquelle on pourrait fermer 16 réacteurs, accueillir 15 millions de véhicules électriques et assurer la sécurité du système électrique :

« …Dans un avenir proche et à moyen terme, il y a une véritable contradiction à vouloir diminuer les émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant à marche forcée la part du nucléaire… »

En conclusion, l’Académie appelle l’Etat à organiser au plus haut niveau un débat avec toutes les compétences :

« …Organiser au plus haut niveau de l’État l’analyse stratégique de l’énergie :

Élaborer une vision partagée entre l’État, les chercheurs et les industriels pour garantir des solutions qui soient scientifiquement et techniquement réalistes, économiquement et industriellement soutenables, socialement acceptables. Ceci en faisant un effort pédagogique pour permettre l’acceptabilité sociale.. »

2° L’Union des industries utilisatrices d’énergie, UNIDEN dans son cahier d’acteur appelle à des leviers pour relocaliser l’industrie en France, un accès à long terme à une électricité de base non intermittente décarbonée et compétitive:

« …Le nucléaire, un facteur de prévisibilité essentiel à l’investissement industriel. Les critères économiques pour investir dans de nouvelles installations ou moderniser les installations existantes, sont (i) la compétitivité des coûts de production, (ii) la non sensibilité au risque carbone à moyen et long terme, (iii) la disponibilité d’une production électrique de base de forte puissance, (iv) la prévisibilité de ces facteurs sur la durée d’investissement (> 15 ans) et (iv) la sécurité d’approvisionnement La production d’électricité nucléaire française répond à chacune de ces exigences.  C’est pourquoi les industries électro-intensives, dont la consommation électrique est à la fois prévisible à moyen et long terme et stable, considèrent le parc nucléaire existant comme un atout déterminant du mix énergétique français, comme l’est, pour leurs concurrents, la production hydroélectrique à très grande échelle au Canada ou dans certains pays du nord de l’Europe. Les énergies alternatives au nucléaire ne peuvent présenter en France, à l’heure actuelle et pour le moyen terme, les mêmes qualités. Il est donc indispensable qu’une production de base nucléaire suffisante reste disponible. »

Après le retrait de l’accord de Paris par le président Trump et la renonciation de la nouvelle coalition allemande à ses objectifs climatiques, le Président Macron est aujourd’hui le  principal chef d’état crédible dans le combat pour le climat.

Il a déclaré récemment ne pas être suffisamment éclairé sur les stockages d’énergie électrique et les réponses de l’ASN aux demandes de grand carénage d’EDF.

Les travailleurs du nucléaire savent de quoi ils parlent. Depuis quarante ans ils assurent les trois quarts d’une production électrique compétitive, sûre et donnant à la France une position de leader dans la lutte contre les émissions de gaz carbonique. Ils en appellent à la sagesse du Président Macron afin qu’il organise selon les vœux de l’Académie des Sciences, une analyse stratégique de l’énergie à l’aide de toutes les compétences scientifiques et industrielles afin de replacer notre pays sur une trajectoire de progrès climatique et industrielle.