Non, tout le monde n’est pas d’accord pour réduire la part du nucléaire

Dans une tribune au « Monde », la syndicaliste Marie-Hélène Autissier s’inquiète des conséquences catastrophiques pour l’emploi d’une fermeture des centrales nucléaires.

En ouvrant, le 19 mars, le débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), Nicolas Hulot, alors encore ministre de la transition énergétique, avait affirmé : « Tout le monde est d’accord pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 %. » La date de réalisation de cet objectif « sortira comme une évidence à la fin de cette consultation. Elle dépend de plusieurs objectifs : on doit sortir des énergies fossiles, réduire notre consommation et développer massivement les énergies renouvelables ».

On peut toutefois s’interroger sur ce « tout le monde ». Car non seulement « tout le monde » n’est pas d’accord, mais la date à laquelle cette réduction devrait s’appliquer est tout sauf évidente, en particulier parce que les objectifs auxquels cette réduction semble devoir répondre se contredisent.

Les pouvoirs publics ont souhaité que le débat sur la PPE se focalise sur les scénarios Ampère et Volt définis par RTE (Réseau de transport d’électricité), le gestionnaire du réseau électrique national. Pour réduire la part du nucléaire à 50 % de la production totale à l’horizon de 2030, Ampère préconise la fermeture de 16 réacteurs entre 2020 et 2030, réduisant le parc nucléaire de 63 gigawatts (GW) à environ 50 GW. Pour arriver à 50 % d’électricité nucléaire en 2035, Volt préconise pour sa part la fermeture de 9 réacteurs et un parc nucléaire de 55 GW.

De tels scénarios conduiront inéluctablement à des arrêts d’activité dans nos régions et généreront des pertes d’emplois – avec leurs conséquences sur la vie locale. Le scénario Ampère entraînera la suppression de 70 000 à 120 000 emplois directs, indirects et induits, tandis que le scénario Volt ferait perdre entre 35 000 et 65 000 emplois. En outre, ces scénarios détruiront à terme la filière de recyclage de l’uranium, dont la France est l’incontestable leader, avec des conséquences désastreuses sur l’activité industrielle en Normandie et dans la vallée du Rhône.

Le nucléaire, un ciment intergénérationnel

On pourrait se dire que la transition énergétique demande ces mesures, que c’est le prix à payer pour développer les énergies renouvelables. Mais de quoi parlons-nous ? L’industrie nucléaire française fournit 220 000 emplois, la plupart qualifiés, répartis dans plus de 2 500 entreprises. Elle est la troisième industrie du pays, derrière l’aéronautique et l’automobile, et exporte pour 6 à 8 milliards d’euros par an. Les PME de ce secteur exportent de 5 à 10 fois plus que la moyenne de l’industrie française.

Alors que la France aspire à promouvoir l’activité industrielle nationale et à faire vivre ses territoires tant malmenés par la désindustrialisation, cherche-t-on à casser une industrie qui se déploie sur l’ensemble du pays ? Rappelons que 40 % des emplois de la filière nucléaire sont situés en Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, un quart en Ile-de-France, 20 % en Normandie et le reste dans les autres régions.

La filière fournit des emplois durables, en particulier aux jeunes générations, avec un taux de formation qui pèse trois fois plus dans le chiffre d’affaires de l’activité que la moyenne nationale. Elle contribue grandement à la vie locale et à la lutte contre la désertification, tout en assurant un ciment intergénérationnel délocalisé.

Une étude de PricewaterhouseCoopers, menée entre février et mai 2011 à l’initiative d’Areva [aujourd’hui Orano] , souligne que 1 euro investi dans l’industrie nucléaire crée jusqu’à trois fois plus d’emplois que dans toute autre filière de production d’électricité.

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