Les choix qui seront faits d’ici la fin de l’année 2018 sur la programmation pluriannuelle de l’énergie seront déterminants pour les années à venir en termes d’emplois et de balance commerciale.

Les choix qui seront faits d’ici la fin de l’année 2018 sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) seront déterminants pour les années à venir en termes d’emplois et de balance commerciale. Et si l’on élargissait le débat au-delà des peurs, des fantasmes et des dogmes…et de nos propres frontières ?

Une situation actuelle complexe…

Avec une rentabilité obérée par des investissements non rentables, les impacts de la crise financière et de l’accident nucléaire provoqué par le tsunami géant qui a dévasté la côte Est japonaise en Mars 2011, AREVA a dû se restructurer, et être recapitalisé. L’industrie nucléaire française a également subi les aléas inévitables lorsque l’on redécouvre, après vingt ans sans construction majeure d’infrastructures en Europe, le métier des grands projets et les effets classiques des prototypes ou têtes de série, dans un référentiel réglementaire non stabilisé. Tout cela fait beaucoup, et le doute s’installe, les bonnes nouvelles passent inaperçues, et l’ensemble de la filière est fragilisé.
En parallèle, qu’observe-t-on dans les filières éolienne et solaire photovoltaïque, malgré une volonté forte et des subventions significatives ? Danois et allemands dominent le marché de l’éolien terrestre, et les technologies offshores développées par Alstom et AREVA ont été respectivement reprises par General Electric et Siemens. Le marché des panneaux photovoltaïques est largement dominé par la Chine – contribuant d’ailleurs à sa compétitivité relative. Bref, dans ces domaines, les emplois qualifiés sont ailleurs ! Il faut évidemment développer les énergies alternatives, mais pas à n’importe quel prix, et en fonction de ce qu’elles peuvent, ou pourront apporter.

Au-delà de la situation conjoncturelle, l’industrie nucléaire française a des atouts indéniables.

La filière représente aujourd’hui 46 milliards d’Euros de chiffre d’affaires, 1,8 milliards d’Euros de recherche et développement chaque année (la quatrième industrie la plus innovante en France), 220 000 salariés et quelque 2 500 entreprises, dont une large majorité de PME.
Elle exporte 6 à 8 milliards d’Euros par an. Les deux sociétés issues de l’ex-AREVA, elles, exportent 60% de leur chiffre d’affaires, et les PME du secteur, 5 à 10 fois plus que la moyenne de l’industrie. C’est le résultat d’un savoir-faire développé dans l’ensemble des métiers de la filière depuis près d’un demi-siècle, des sciences de base à la fabrication et aux services, savoir-faire largement reconnu sur le plan international. C’est grâce à lui que se sont établies dans la durée des relations commerciales et stratégiques avec des pays partenaires, tout en développant et pérennisant des emplois qualifiés sur le sol national.
Ainsi au Japon la satisfaction des clients quant au retraitement dans l’usine de La Hague de quelque 3000t de combustibles usés a ouvert des contrats d’études, construction, formation et fourniture d’équipements clefs pour leur propre usine de recyclage. Plus récemment MHI (Mitsubishi Heavy Industries) a co-développé avec Framatome un réacteur de 3e génération, et est aujourd’hui actionnaire minoritaire dans les deux sociétés issues de la restructuration d’AREVA.
En Chine, où 2 EPR sont en cours de mise en service, le contrat correspondant comprend également la fourniture sur le long terme de matières nucléaires et de combustible. En 25 ans de coopération franco-chinoise depuis la centrale de Daya Bay, de nombreuses entreprises françaises se sont positionnées durablement, dans le sillage d’EDF et Framatome. D’autres perspectives s’ouvrent aujourd’hui pour la construction d’une usine de traitement et recyclage.
Aux États-Unis pour finir, à partir d’une présence très modeste il y a vingt ans, Framatome est devenu aujourd’hui un des leaders incontestés de la fourniture de produits et services à la base installée de réacteurs américains, avec plus de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires.

Un maillon essentiel de la recherche contre le cancer
Plus récemment, AREVA, et maintenant ORANO, y ont développé une « start-up » porteuse de grands espoirs par son secteur d’activité : le développement de produits destinés à la radio-immunothérapie, pour le traitement de cancers par des radioéléments émetteurs alpha agissant de manière ciblée, associés à des anticorps spécifiques. Ce développement porté par la filiale OranoMed, présente un potentiel jugé extrêmement important par les spécialistes du domaine en Europe et aux USA. Des géants pharmaceutiques comme Roche ainsi que le « National Institutes of Health » américain à Washington, s’y intéressent déjà de très près depuis quelques années, et ont parié sur sa réussite.
Primée par la fondation Clinton, l’entreprise AREVAMed ne représente pas seulement un potentiel de croissance qui pourra faire rêver quelques investisseurs, mais surtout un formidable espoir face à l’un des fléaux de notre siècle.
L’industrie nucléaire française, c’est aussi cette réussite internationale, et la fierté des femmes et des hommes salariés de la filière qui y contribuent.

Et maintenant, faut-il maintenir et continuer à développer ce savoir-faire ?
A moins que l’on ne souhaite qu’il soit à terme russe, chinois ou coréen, la réponse est évidemment oui ! Quel que soit le mix énergétique qui deviendra l’objectif commun à fin 2018, le nucléaire en restera une composante majeure, pour laquelle il faudra continuer à viser l’excellence et développer de nouvelles solutions. Lorsque l’Autorité de Sûreté Nucléaire le jugera nécessaire, il faudra également progressivement remplacer les réacteurs et usines existants par des installations plus modernes (c’est vrai pour toutes les filières !). La visibilité qui devra en être donnée par la loi de programmation est indispensable au maintien par l’industrie du savoir-faire de construction de grands projets complexes, savoir-faire indispensable pour sa crédibilité sur les marchés à l’exportation. La reconnaissance internationale est aujourd’hui indéniable. Il nous faut aujourd’hui la retrouver sur notre sol !