L’Europe et le nucléaire : épisode 3 – les Pays Bas

Les politiques Energie-Climat européennes et le nucléaire : une Union désunie

Un nouvel espoir. Un pays qui prend ses objectifs climatiques au sérieux. Un pays qui fait appel à un panel d’experts techniques reconnus pour l’aider à y répondre. Un pays qui fait confiance dans ses conclusions et se penche sur la question des bénéfices et des risques comparés des alternatives qui s’offrent à lui. Un pays qui s’affranchit des modes pour évaluer ce qui est de son intérêt objectif, et long terme. Un pays qui s’autorise à changer d’avis parce qu’il a réfléchi sur la base d’éléments nouveaux.

C’est l’exemple… lumineux, n’ayons pas peur des mots tant il semble parfois que l’obscurantisme gagne, que donnent les Pays-Bas en choisissant le nucléaire pour les aider à répondre à l’urgence climatique.

A la provocation de Greenpeace qui se félicitait bruyamment que le gouvernement néerlandais soit condamné par la justice le 9 octobre 2019 pour insuffisance climatique, celui-ci a répondu avec sérieux et responsabilité… en instruisant le redémarrage du programme nucléaire plutôt que sa fermeture définitive. Un vrai moment de grâce .

L’une dangereuse : les opposants ont compris, lorsqu’ils ont dû associer la sortie du nucléaire, caprice idéologique, à la sortie des fossiles, impératif climatique, pour éviter que le cas néerlandais ne se reproduise, que cette simple association de mots fonctionnait, était même suffisante pour induire en erreur des générations entières.

L’autre réjouissante dont nous sommes témoins aujourd’hui : les Pays-Bas vont bel et bien se remettre sur le chemin de la réduction de leurs émissions par un recours accru au nucléaire.

Certes le développement du nucléaire aux Pays-Bas ne fera que compenser la perte annoncée des capacités nucléaires belges et de ce qu’il en reste en Allemagne. L’Europe n’y aura rien gagné et il lui restera à adopter une politique énergie-climat systémique cohérente, volontariste, pragmatique et ambitieuse.

Mais il suffit parfois d’un pays, d’un peu d’exemplarité, pour susciter le doute, l’étincelle d’une première prise de conscience pour que l’ensemble bascule.

Alors je ne sais pas vous, mais ici, aux Voix, c’est ce qu’on a mis dans notre lettre au Père Noël.

Et comme les Voix ont grandi maintenant, on ne s’est pas contenté de la lettre, on a aussi concocté une année 2021 du tonnerre, avec plein d’étincelles pour susciter plein de prises de conscience. Wait and see , ou mieux encore : Come and join.

Myrto,
pour les Voix

Un nouvel espoir : la prise de conscience climatique des Pays-Bas réveille leur intérêt pour le nucléaire

Par MATHIJS BECKERS
Mathijs est réalisateur de documentaires et a écrit quatre livres sur le changement climatique et l’énergie nucléaire. Il est récemment devenu président de e-Lise, une ONG néerlandaise visant à créer l’environnement nécessaire pour le déploiement de nouveaux réacteurs nucléaires.

Bien que les Pays-Bas aient été un des pionniers de l’électronucléaire en Europe, en installant un des tout premiers réacteurs à Dodewaard en 1969, aujourd’hui le réseau électrique national est surtout alimenté par du gaz, du charbon et de la biomasse. L’énergie nucléaire est limitée à seulement 3-4% de la production, avec un unique réacteur en exploitation à la centrale de Borssele, alors que les fossiles représentent 75% de l’électricité… En fait, l’ensemble de l’économie néerlandaise fonctionne principalement à base de pétrole et de gaz, avec une consommation annuelle d’énergie primaire d’environ 1150 TWh. Avec le réchauffement climatique qui devient une question de plus en plus urgente, il apparaît évident pour la population et le gouvernement que le mix énergétique actuel n’est pas soutenable. L’idée d’une transition vers des sources d’énergie plus propres est maintenant acceptée par la plupart des Néerlandais.

Depuis la ratification de l’Accord de Paris sur le Climat, le gouvernement néerlandais a exploré les diverses façons de réduire les émissions de carbone de la production et la consommation d’énergie. Lors d’une série de Discussions sur le Climat, les diverses parties impliquées ont essayé de former une stratégie de transition énergétique basée sur le vent, le solaire et la biomasse. En conséquence, le gouvernement a décidé de soutenir le déploiement de parcs éoliens en externalisant les coûts de connexion au réseau, ainsi que la biomasse en la subventionnant.

Le nucléaire a été exclu parce que le Ministère des Affaires Economiques et du Climat avait conclu à tort que de nouvelles centrales ne pourraient pas démarrer avant la date limite de 2030, date fixée arbitrairement comme limite. Le Ministère ignorait également qu’une part significative de l’énergie resterait encore à décarboner entre 2030 et 2040.

 

Entre 70% et 90% de la population néerlandaise est en faveur de l’énergie nucléaire

 

Une fois que les résultats des Discussions sur le Climat ont été présentés, la population a fait preuve d’un grand intérêt pour le sujet. L’idée que le pays devait arrêter l’exploitation du gaz était largement partagée, mais le fait de devoir brûler beaucoup plus de biomasse pour ce faire semblait très contre-intuitif. Les Néerlandais semblent aussi réaliser qu’ils auraient besoin d’une quantité d’éolien terrestre énorme, ce qui est difficile dans un pays aussi petit et densément peuplé.

En 2018, le soutien populaire pour le nucléaire s’est généralisé après que l’humoriste et présentateur Arjen Lubach ait affiché son opinion positive à la télévision1. En fait, des sondages récents indiquent qu’entre 70% et 90% de la population des Pays Bas soutient le nucléaire2. Depuis, des personnalités nationales de premier plan, y compris l’ancien ministre de l’Education, de la Culture et des Sciences Ronald Plasterk du parti PVDA (travailliste), et Klaas Dijkhoff, leader du VVD (Parti Populaire pour la Liberté et la Démocratie), ont fait part de leurs critiques à l’égard de la mise en avant de l’éolien et de la biomasse, et ont commencé à militer en faveur de l’inclusion du nucléaire dans la stratégie énergétique.

« Combien de centrales nucléaires je peux avoir en échange de mon soutien ? »

En septembre de cette année, le gouvernement a publié un rapport3 préparé par les consultants de l’entreprise Enco qui conclut que l’énergie nucléaire est la forme la plus sûre par TWh, et que son coût est équivalent à celui de l’éolien et du solaire quand le coût du système complet est pris en compte.

Centrale nucléaire de Borssele
Photo EPZ

Suite à ce rapport, l’Assemblée Nationale néerlandaise a demandé au gouvernement de réaliser une analyse visant à évaluer les actions nécessaires pour le déploiement de nouveaux réacteurs dans le pays. « [Je soutiendrai votre ambition de réduire les émissions de carbone encore plus, mais] combien de centrales nucléaires je peux avoir en échange de ce soutien ? » a demandé le parlementaire libéral Klaas Dijkhoff pendant le débat du 17 septembre à la chambre des représentants.

Dijkhoff a respecté son engagement en introduisant une motion demandant au gouvernement d’étudier les moyens pour arriver à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Les premières conclusions sont attendues dans les tous derniers jours de 2020.

Diverses sources estiment que le plan pourrait inclure de 3 à 10 réacteurs. Au vu de l’objectif d’un démarrage dans la décennie 2030, les travaux de construction pourraient démarrer dès 2025. Les SMR (Small Modular Reactors) font partie des possibilités envisagées, bien que les contraintes de délai et de budget rendent vraisemblable l’option de réacteurs plus éprouvés.

La situation des Pays Bas souligne l’extrême importance d’une opinion publique bien informée

C’est dans ce contexte, plutôt favorable au nucléaire, que EPZ, exploitant du réacteur de Borssele, a récemment annoncé4 son intention de prolonger sa durée d’utilisation de 20 ans, ainsi que de construire deux réacteurs supplémentaires sur le même site. Il n’est pas encore clair s’il s’agirait d’EPR, d’APR1400 ou encore d’autres designs. La construction de ces réacteurs serait un ajout important à l’unique réacteur à eau légère de 515 MW de Borssele.

En Allemagne, qui est frontalière, des politiciens ont déjà fait connaître leur opposition à la construction de toute centrale nucléaire. Olaf Lies, Ministre de l’Environnement de la Basse Saxe, a déclaré qu’il ferait « tout ce qui est en [son] pouvoir pour empêcher les Pays Bas de connaître une nouvelle aube de l’énergie nucléaire »5. Ceci bien que le site de Borssele soit à plus de 200 km de la ville allemande la plus proche…

S’il est trop tôt pour savoir déjà avec précision comment cette renaissance néerlandaise du nucléaire va se concrétiser, voir des politiciens lever le défi du climat sur base d’informations scientifiques est une bonne nouvelle en soi. La situation des Pays Bas souligne avant tout l’extrême importance d’une opinion publique bien informée, qui permet aux leaders politiques d’agir librement et utiliser les solutions les plus efficaces pour s’attaquer à la question du climat. Elle constitue un rappel qui sera une source de motivation supplémentaire pour les membres de notre association dans la période à venir !

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