Lettre ouverte aux nouveaux députés

Lettre ouverte aux nouveaux parlementaires français élus dans le cadre des élections européennes

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Cliquez ici pour accéder à la liste des parlementaires français destinataires de la lettre
Ecrivez leur à votre tour pour les soutenir dans l’exercice politique difficile que nous leur demandons de mener

Madame la Députée, Monsieur le Député,

L’énergie nucléaire représente 50% de l’énergie décarbonée en Europe.

Notre association, les Voix du Nucléaire, a pour objectif de contribuer à rétablir les faits sur l’énergie nucléaire pour aider à la rationalisation des décisions la concernant.

Au vu des décisions politiques récentes, que ce soit en France ou en Europe, nous nous permettons donc de vous écrire aujourd’hui afin de porter à votre attention l’importance d’une disposition (Taxonomie des activités économiques durables) sur laquelle vous allez être sollicités lors de discussions à venir entre le Parlement et le Conseil.

Le 28 mars 2019, le Parlement européen a fait le choix de se prononcer pour l’exclusion de l’énergie nucléaire de la future liste des investissements verts, et ce en tant qu’ « activité de production d’électricité produisant des déchets non renouvelables ». Expression qui ne veut objectivement rien dire.

Cette exclusion est un choix politique et non environnemental. Reprise dans la loi, elle priverait les projets nucléaires de l’accompagnement indispensable à tout projet d’infrastructure, que seuls des investisseurs confiants peuvent fournir, et pourrait valoir condamnation.

Si cette disposition devait passer elle aurait un impact négatif concret et à court terme sur :

  • les chances de l’UE de respecter les Accords de Paris. 
  • la sécurité énergétique européenne, 2ème économie mondiale, qui deviendrait encore plus dépendante des trois géants énergétiques que sont les États-Unis, la Russie et la Chine (84% de la production des terres rares nécessaires aux renouvelables),
  • l’économie française qui en serait directement affectée, le nucléaire étant la 3ème industrie française avec 220 000 emplois directs, 2 600 entreprises et 6 milliards de chiffre d’affaire à l’export.

Nous vous remercions de prendre connaissance et éventuellement diffuser la lettre ouverte ci-jointe que nous vous adressons respectueusement, et nous mettons à votre entière disposition pour répondre à toutes les questions que vous pourriez vouloir nous adresser sur le sujet.

En vous remerciant de représenter les français au Parlement européen, et parmi eux les 220 000 travailleurs directs de la filière nucléaire et tous ceux dont ils soutiennent l’activité et l’emploi.

LETTRE OUVERTE

Le 28 mars 2019, le Parlement européen a ouvert la porte à l’exclusion de l’énergie nucléaire de la liste des investissements « verts », destinée à orienter les financements vers les actions durables sur le plan environnemental et permettant de lutter contre le changement climatique. Si elle devait être entérinée, cette décision compromettrait la sécurité énergétique du continent et les chances, déjà minces, de l’Union européenne de respecter l’Accord de Paris.

L’énergie nucléaire est l’une des sources d’énergie les plus faiblement carbonées dont on dispose. Elle n’émet que 12 grammes d’équivalent CO2 par kWh, au même niveau que l’éolien. Sur son cycle de vie, c’est quatre fois moins que l’énergie solaire.1 Mais surtout, et c’est ce qui la qualifie parmi les solutions au changement climatique, elle émet 68 fois moins de gaz à effet de serre par unité d’énergie électrique délivrée que des centrales à charbon modernes, et 40 fois moins que des centrales à gaz modernes.

Dans le résumé aux décideurs de son dernier rapport publié en 2018, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC)2 a mis en avant quatre scénarios permettant de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C.

Tous ces scénarios conduisant à la stabilisation du changement climatique prévoient une augmentation de la part de l’énergie nucléaire : de 98% à 501% à l’horizon 2050.

Réussir à contenir le changement climatique est une question d’ordre littéralement vital pour une large part de la population mondiale dans les prochaines décennies. Cette réussite est loin d’être garantie car, aujourd’hui, les sources d’énergie dont l’usage augmente le plus sont encore celles d’origine fossile3. La contribution de l’atome à la préservation du climat peut être significative pour inverser cette tendance.

Exclure la 2ème source d’énergie bas-carbone au niveau mondial, et l’une des rares qui soit pilotable avec l’hydroélectricité, de la liste des investissements « verts » réduirait significativement les chances de l’Union européenne de respecter ses objectifs en termes d’émissions de gaz à effet de serre et d’assurer un futur désirable à ses jeunes générations.

L’énergie nucléaire est aussi garante d’une part significative de notre sécurité et indépendance énergétiques, face à l’épuisement des ressources fossiles, dans le monde en général et en Europe en particulier. Grâce aux réserves stratégiques de combustible que peuvent constituer les États, équivalent à plusieurs années de consommation, l’énergie nucléaire participe de la résilience européenne dans un monde de plus en plus instable.

C’est pourquoi, nous demandons aux députés de la nouvelle mandature du Parlement européen de reconsidérer cette décision.

Réintégrer l’énergie nucléaire à la liste des investissements durables sera certainement un exercice politique délicat. C’est néanmoins une mesure pragmatique et nécessaire, adaptée aux enjeux de la planète et respectueuse de l’héritage des uns et de l‘avenir des autres.

Au-delà de son importance structurelle pour l’avenir du continent, elle serait également le signe, sur la scène internationale, que le leadership européen en matière de politique climatique s’appuie sur des bases concrètes, ambitieuses et rationnelles et qu’il est, donc, aussi réel que légitime.

____________________________

1IPCC, 5th Assessment Report, 3rd Working Group
2 IPCC, 2018: Summary for Policymakers. In: Global Warming of 1.5°C
3 IEA, Global Energy & CO2 Status Report, 2019

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