La PPE 2018-2028, déjà caduque, est en contradiction avec la neutralité carbone en 2050

La PPE, Programmation Publique de l’Energie, tout récemment soumise à contribution, est déjà caduque, puisqu’elle prévoyait la fermeture des centrales au charbon en 2022. Avec l’annonce récente de la secrétaire d’état Emmanuelle Wargon sur la prolongation de l’activité de celle de Cordemais jusqu’en 2024, voire 2026, la France ferme donc en 2020 deux réacteurs électronucléaires de Fessenheim produisant une électricité décarbonée et abandonne ses engagements de renonciation au charbon. La dernière étude décennale de RTE avait reconnu la nécessité du maintien de Cordemais afin d’assurer une sécurité d’approvisionnement électrique, notamment dans l’ouest de la France particulièrement dépourvu de production électronucléaire, qui sera cependant tendue. Curieusement RTE s’arrête en 2026 sans oser évoquer, ni les conditions de l’équilibre pour 2026-2028, ni quelque réduction que ce soit des capacités nucléaires, alors que la PPE envisage quatre fermetures anticipées de réacteurs d’ici 2028. Le ministère de la transition écologique et solidaire est-il conscient des risques graves de défaillance électrique qu’il fait prendre au pays ?

La France s’est engagée à la neutralité carbone pour 2050. La SNBC, Stratégie Nationale Bas Carbone proposée par le ministère de la transition écologique et solidaire prévoit à cette fin une augmentation de 25% de la consommation d’électricité afin de chasser les énergies fossiles du transport et du logement. Au même moment le Président de la République vient de faire part à Pau de ses doutes sur l’acceptabilité par les populations d’une forte expansion de l’éolien terrestre en contradiction totale avec les hypothèses de la PPE et de la SNBC. Comment produire 650TWh/an d’électricité décarbonée en 2050 sans stratégie claire d’un potentiel pilotable non carboné, donc nucléaire ? Ce qui marque ces projets PPE et SNBC, c’est plus l’obsession de justifier la fermeture anticipée de 14 réacteurs nucléaires que la volonté de faire participer la France au succès du combat pour le climat. Justifier cette politique par la lutte contre le réchauffement relève de la supercherie.

Pour des sites abritant des réacteurs  des centrales nucléaires qui seraient touchées par des fermetures anticipées (à savoir Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin qui vient d’obtenir de l’ASN Autorité de Sureté Nucléaire de faire fonctionner un de ses réacteurs au-delà de quarante ans après la révision du grand carénage ), il est avancé que leur amortissement en cinquante ans dispenserait l’Etat de toute indemnisation liée à leur arrêt anticipé au mépris du droit d’entreprendre, alors que l’avis du Conseil Constitutionnel validant sous cette réserve la LTE1, la précédente ministre avait négocié avec EDF un protocole d’indemnisation pour Fessenheim aujourd’hui signé et s’appliquant jusqu’en 2041 qui pourrait coûter au contribuable français plus de deux milliards d’euro par réacteur.

On aurait pu s’attendre à un plan social convaincant. Le précédent de Fessenheim où le sort de 2200 emplois est en cause démontre que depuis 7 ans, malgré les diverses promesses de ses nombreux responsables sur le site, l’Etat n’a pas été capable de négocier un ou plusieurs projets industriels sérieux, abandonnant ce territoire à un terrible sinistre industriel.

La France doit choisir, ou bien elle poursuit la chimère allemande en réduisant son potentiel nucléaire qui fait l’admiration du monde entier, ou bien elle propose à la Planète le modèle efficace, donc convaincant, d’un pays développé réduisant effectivement ses émissions de gaz carbonique.

Ce texte est également une contribution de l’Association Voix du Nucléaire à la consultation sur la PPE .

Auteur : Jacques Peter

Ingénieur des Mines, carrière transport, SNCF et filiales. Donc connaissance concrète des tissus économiques de la France Engagé dans Sauvons le Climat , membre des comités énergie , transport et environnement des IESF, Ingenieurs et Scientifiques de France.

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1Loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

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