Kazakhstan : pourquoi la crise n’en est pas une pour l’uranium

Accueil     Divers     Kazakhstan : pourquoi la crise n’en est pas une pour l’uranium
Publié le 09/01/2022

Une grave crise agite le Kazakhstan. Le déclencheur en est la hausse des prix de l’énergie, en particulier du gaz, mais les origines en sont nombreuses et complexes.

Nos pensées vont aux kazakhstanais, dont les difficultés, les souffrances, et les tourments géopolitiques, sont à présent instrumentalisés par les détracteurs de l’énergie nucléaire.

Le Kazakhstan est le premier producteur mondial d’uranium (40% du total). Plusieurs grandes sociétés productrices d’uranium y sont présentes, dont la française Orano.

Mais cette crise, aussi dramatique soit-elle pour les populations concernées, n’a rien à voir avec ce qui passe ou se passerait avec le pétrole, le gaz, ou même certains métaux critiques dans ce type de situation :

– Les réacteurs nucléaires sont rechargés tous les 12 à 18 mois en utilisant des barres de combustible fabriquées qui sont en aval de l’apport d’uranium naturel de plusieurs mois, voire plusieurs années. Bien sûr le marché spot de l’uranium réagit, mais il n’y a pas d’impact sur l’approvisionnement en combustible nucléaire.

– La plupart des pays exploitant des réacteurs nucléaires a des stocks d’uranium pour 5 ans.

– Du fait des prix bas de l’uranium depuis des années et d’un marché longtemps en surcapacité, de nombreux grands projets miniers dans le monde sont actuellement sous cloche, attendant la montée de la demande et le signal prix pour se mettre dans la file d’attente par merit order des candidats au redémarrage.

– Pour le cas de la France, les actifs miniers d’Orano, et encore davantage l’approvisionnement d’EDF, sont diversifiés. Sur la période 2015 à 2020 on trouve 6 producteurs principaux dans les importations françaises (graphique) : Australie, Kazakhstan, Namibie, Niger, Ouzbékistan, Canada, et d’autres pays pour des volumes assez faibles.

Merci à Alexis Quentin pour le graphique

– Le prix de l’uranium ne représente que quelques pourcents dans celui du MWh, contre 50 à 70% dans le cas du gaz par exemple. Son doublement n’ajouterait qu’~2€/MWh. Cette variation sera invisible sur la facture du consommateur.

– La France a plus d’une dizaine d’années de stocks d’uranium sur son territoire (2-3 ans dans le cycle amont, 7-8 ans dans l’uranium appauvri + quelques années avec l’uranium de retraitement) contre environ 100 jours pour le pétrole et le gaz.

– A long terme, les technologies du cycle du combustible comme de génération d’électricité présentes et à venir sont nombreuses et diversifiées, et permettent d’envisager une multitude de stratégies de réduction de l’approvisionnement en provenance d’une seule source.

C’est cela que l’on entend par souveraineté et sécurité énergétique lorsque l’on parle du nucléaire. Et celui-ci reste, et restera pour longtemps, un réservoir exceptionnel de compétitivité française en matière énergétique.

Données : douanes françaises à retrouver ici.
Merci à Alexis Quentin pour le graphique.

Partager