Editorial

Edito de Myrto Tripathi

 

A l’heure des choix énergétiques traduits dans la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, il convient de revenir sur  le débat public qui s’est tenu au printemps et qui a eu vocation à nourrir en amont les réflexions du gouvernement.

L’objectif de ce débat ? Réfléchir ensemble à la manière dont nous allons, concrètement, contribuer au plus grand défi pour sa survie que l’humanité ait connu jusqu’ici – le changement climatique – tout en continuant à vivre du mieux possible (sécurité énergétique, accessibilité etc.)

Sur le fond ? Consciemment accepter de se changer soi : manière de faire et de penser. Volontairement perdre en confort et en facilité. Collectivement prendre sur nous pour faire pour les autres plus que pour nous même.

Sur la forme ? Un exemple de démocratie participative, elle-même intelligence collective. Celle qui fait que les décisions prises sont les bonnes, que les marchés soient optimisés, que les sociétés organisent leur survie, que les espèces ne s’éteignent pas.

Espérons-le en tous cas. Parce que les émissions de gaz à effet de serre, notamment le CO2, augmentent et que la situation empire plutôt que de s’améliorer : en 2000 la France était dans la ligne de ses engagements climat, en 2018, elle ne l’est plus, malgré la volonté politique, les centaines de milliards mobilisés, la bonne volonté citoyenne et l’indignation médiatique.

Mais nous sommes nous posés la simple question que pour que tout ceci donne des résultats, un préalable est de prendre en compte ce qui s’impose à nous : les faits ?

Les faits physiques d’un côté. Par exemple, que les émissions en France ne sont pas dans le secteur électrique puisque celui-ci est déjà à 95% décarboné et qu’y investir ne résout en rien le problème. Que pour prendre les bonnes décisions, il faut d’abord s’appuyer sur les bons indicateurs pour savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas, faire le bilan des expériences passées, savoir d’où l’on part, ce que l’on veut.

Les faits du débat de l’autre : laissez-moi vous présenter Jacques, un des 8000 participants au débat. C’est son témoignage que nous vous restituons dans ce dossier. Ancien de la SNCF, passionné par le sujet de la transition énergétique, il a pris le temps que nous n’avions pas, que vous n’avez probablement pas eu non plus, de suivre les 45000 visiteurs, 300 cahiers d’acteurs et points de vue exprimés, 600 questions posées, les milliers de commentaires, ateliers de la controverse et débats labellisés sur tout le territoire. Il vous dit ici ce que les faits du débat ont (aussi) rapportés et que l’on connaît moins. Ce qui l’a le plus marqué. Et pourquoi.

Je déflore un petit peu, mais, en synthèse :

Quand on a pris au sérieux les contributions, et les gens qui s’étaient donné le mal de les faire, on entend que la réduction de la part du nucléaire n’est pas pour les français et pour les acteurs de ce débat « une base de discussion ». On comprend qu’une « réponse asymétrique » sur ce sujet ne serait pas « perçue comme extrêmement négativement », que « tout le monde » n’est pas « d’accord pour réduire la part du nucléaire ».

Quand on respecte le principe de démocratie qu’on promeut, on conclut du débat que le vrai sujet des français et de la transition n’est pas le nucléaire, qu’il est ailleurs, et que nous perdons du temps et de l’argent à refuser de l’admettre.