Comment ont été informés les membres du G400

Crédit photo : Débat public – G400

Les votes G400, une référence de l’opinion, selon le rapport de la commission.

Dans ses conclusions, la commission s’est beaucoup appuyée sur les opinions exprimées par les quatre cent membres du G400, notamment lors de leurs votes.

Ces citoyens, tirés au sort parmi un groupe de volontaires, avaient reçu une documentation, établie par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, sur les problématiques de l’énergie et les points de vue de trois interlocuteurs désignés par la commission, Négawatt, EDF et Total, sur un questionnaire considéré comme adressant les questions clés pouvant mener à la décision.

Invités ensuite à Paris pendant une journée, après avoir reçu une information complémentaire, les membres du G 400 ont été réunis par groupes de dix personnes, animés par un représentant de la Commission d’organisation du débat ou du Ministère pour échanger sur les différents thèmes.

A l’issue de ce processus ils ont été invités à voter eux-mêmes sur les des questions déjà posées à un échantillon de citoyens.
Un autre ou on parle ici des gens qui se sont inscrits sur le site du débat et ont répondu au questionnaire ?

Dans cette annexe, l’auteur n’a pas la prétention de rendre-compte de la journée de débats. En effet, il n’a pas été l’un des observateurs retenus par la commission et aucune des associations dont il est membre (Sauvons le Climat et les IESF) n’a été invitée à fournir son point de vue et à envoyer un observateur. Il lui parait important de dire que ceux ne sont pas ses seuls arguments qu’il exprime, mais qu’ils sont aussi ceux d’une communauté de participants qui ont permis des débats riches.

A côté des deux premiers énergéticiens français qui, en toute légitimité, ont chacun défendu leurs intérêts, privé en ce qui concerne Total et publique en ce qui concerne EDF, entreprise détenue par l’Etat et sous son contrôle en tant que principal actionnaire, Négawatt est le seul représentant des ONG, associations et sociétés savantes a avoir été convié.

Il est à noter:

  • Que Négawatt a été très souvent cité et invité par la commission et la Direction Générale de l’Energie et du Climat
  • Que, face au scénario Négawatt, il en existe de nombreux autres, institutionnels (AIE, UE), académique (ANCRE) et associatifs (Négatep produit par le conseil scientifique de l’association Sauvons le Climat qui donne la priorité à la réduction des émissions de gaz à effet de serre).

Négawatt comme son nom l’indique donne la priorité à la réduction de la consommation énergétique et a donc comme adversaire les KWh ou l’excès de KWh sans qu’une définition précise y soit apportée. Ce scénario propose différentes mesures réglementaires pour baisser les consommations d’énergie, surtout celle d’électricité, et en conclut que la France peut se passer de nucléaire.

Négatep fait la chasse aux Tep (kWh et autres utilisations en-dehors de l’électricité) fossiles, charbon, gaz et pétrole, dont l’usage émet du gaz carbonique. Ce scénario s’accorde avec Négawatt pour promouvoir raisonnablement l’efficacité énergétique et la sobriété, mais ne rationne pas les entreprises et les français en usages de l’énergie en proposant de développer celles qui ne sont pas carbonées, c’est-à-dire électricité nucléaire et énergies renouvelables productrices de chaleur.

Négawatt est centré sur les moyens, dont certains sont estimés souhaitables et d’autres rejetés par principe. Il insiste sur la sortie du nucléaire et le développement massif de renouvelables électriques.

Négatep est centré sur un objectif climatique compatible avec la compétitivité de l’économie, le pouvoir d’achat, et la sécurité électrique et regarde donc les moyens comme seulement des moyens.

Par la suite de cette annexe, l’auteur rappelle, pour six questions choisies car les plus directement liées au sujet de la baisse de la part du nucléaire, les réponses de la DGEC, de Total, d’EDF et de Négawatt ainsi que quelques citations complémentaires de la DGEC, puis les commente.

 

QUESTION   1 :
AU REGARD DES OBJECTIFS DE LA LOI DE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE, ESTIMEZ-VOUS QUE LA FRANCE EST PLUTÔT

❑ En avance ❑ Dans les temps ❑ En retard ❑ Sans opinion

 

La position du ministère de la transition écologique et solidaire.

Les actions menées en France ont permis de stabiliser et même réduire les consommations d’énergie. Toutefois les efforts doivent être intensifiés, notamment dans les secteurs du bâtiment et des transports. C’est l’objet du plan de rénovation récemment annoncé par le gouvernement et de la loi d’orientation des mobilités en cours de préparation. La baisse de consommation des énergies fossiles, essentielle pour atteindre nos objectifs climatiques, est aujourd’hui conforme à l’objectif fixé par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) mais après plusieurs années de baisse, a marqué le pas depuis 2015 et nos efforts doivent donc être intensifiés.

Dans le domaine des énergies renouvelables, le rythme de production de chaleur renouvelable doit être fortement accéléré et le soutien à la production d’électricité renouvelable qui s’est intensifié depuis un an doit également être encore renforcé. Pour les biocarburants, la France est légèrement en avance sur ses objectifs.


Réponse d’EDF

La situation de la France est assez remarquable lorsqu’on la compare à celle de ses voisins européens, l’Allemagne en particulier :

  • Un Français « émet » 2 fois moins de CO2 qu’un Allemand ;
  • La France a progressé beaucoup plus vite que l’Allemagne de 2000 à 2015, et plus vite que la moyenne de l’Union Européenne

Parler d’avance ou de retard au regard des objectifs de la loi est difficile, certains objectifs étant manifestement peu réalistes ou contradictoires. Ceci dit la mutation du bâtiment (rénovations, réglementations) comme celle de la mobilité, prend du temps.

 

Réponse de Négawatt

En l’état, le questionnaire proposé par la CNDP nous semble lacunaire car il occulte un levier majeur de la transition : la maîtrise de la demande énergétique. Celle-ci est pourtant une condition essentielle pour répondre aux enjeux environnementaux actuels et respecter les objectifs de la loi de transition énergétique. L’exercice de planification de la PPE ne peut se résumer au passage d’une offre basée sur les énergies fossiles et nucléaire à une offre basée sur les renouvelables. La maîtrise de la consommation d’énergie y est primordiale, et tout aussi pilotable par la puissance publique.

La LTECV fixe des engagements ambitieux, mais les politiques et mesures actuellement mises en œuvre restent très insuffisantes pour les atteindre.

La France a accumulé un retard majeur sur l’ensemble de ses objectifs : on observe depuis 2015 une tendance à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), la consommation énergétique n’a pas baissé dans les secteurs des transports et du bâtiment – faute de mise en œuvre de politiques ambitieuses en ce sens (telles qu’un programme massif de rénovation énergétique des logements), et elle accuse un retard majeur sur son objectif européen de déploiement des énergies renouvelables.

Ce constat factuel est confirmé par l’avis rendu à ce sujet par le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

 

Réponse de TOTAL

La première échéance fixée par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte concerne la part des ENR dans la consommation finale brute d’énergie. L’objectif a été fixé à 23% en 2020. Selon les dernières estimations du Commissariat général au développement durable (CGDD), la part des ENR a atteint 15.7% en 2016.

Bien que cette part ait progressé de plus de 6 points depuis 2005, le niveau atteint en 2016 est en deçà de la valeur indicative de 18% retenue pour cette année dans le plan national d’action en faveur des énergies renouvelables, ce qui traduit bien un retard de la France dans ce domaine.

 

Commentaires de l’auteur :

La formulation de la question renvoie aux objectifs de la LTE, mais ignore complètement l’objectif COP21 qui a été postérieure à l’élaboration de la LTE, réduction de 40% de nos émissions nettes entre 1990 et 2030.
En 2016, la moitié du chemin a été faite, mais les tendances sur les trois dernières années mettent en évidence une hausse des émissions françaises, ce qui rend peu crédible la cible 2030.

La réponse de Négawatt reste centrée sur les objectifs de développement des renouvelables électriques intermittentes. Il est rejoint par Total qui développe une activité rentable dans ce secteur compte tenu des prix d’achat garantis dans le solaire.

Avec bon sens, EDF rappelle que certains objectifs de la loi sont peu réalistes et contradictoires et que le citoyen français émet deux fois moins de gaz carbonique que l’allemand.

Le G 400 s’il n’est informé que par ces lectures ne peut pas être sensibilisés à l’écart entre notre trajectoire de ces trois dernières années marquées par une croissance des émissions et l’objectif COP21 constaté par de multiples cahiers et points de vue. Le commissariat au développement durable a notamment reconnu un écart de trajectoire de 3,6% au titre de 2016

A lire le texte du ministère tout irait presque pour le mieux dans le meilleur des mondes, il faudrait simplement accélérer. L’humiliation à venir en 2030 du pays organisateur de la COP 21, qui au vu des tendances ne tiendrait pas, et de loin, ses propres objectifs climatiques est complètement passée sous silence.

 

QUESTION  4 :
PAR RAPPORT À LA PERSPECTIVE D’AVOIR 15,6 MILLIONS DE VÉHICULES ÉLECTRIQUES (LA MOITIÉ DU PARC DE VÉHICULES PARTICULIERS) EN 2035, DIRIEZ-VOUS QUE C’EST :

❑ possible ❑ souhaitable

 

Réponse de DGEC

Le plan Climat vise la fin de la vente des voitures particulières neuves émettant des gaz à effet de serre à l’horizon 2040. Le gouvernement a mis en place d’importants dispositifs de soutien au véhicule électrique (prime à l’acquisition, taxe sur les véhicules thermiques, prime à la conversion pour les vieux véhicules de 2018 à 2022, mise en place de zones de circulation restreinte), qui ont encore été renforcées en 2018. C’est donc non seulement souhaitable du point de vue climat mais également possible à la fois d’un point de vue technologique et de renouvellement du parc. Chaque année de l’ordre de 2 millions de véhicules arrive en fin de vie et sont remplacés par des véhicules neufs.

 

Réponse de EDF

C’est sans doute possible et souhaitable : les progrès techniques et les baisses de coûts des batteries sont rapides, les investissements des constructeurs et autres acteurs (Uber, Apple…) sont considérables et annoncent la poursuite du mouvement. Le résultat de 2035 sera fonction de ces progrès à venir : une baisse du coût de la mobilité (coût au km) est en vue, non seulement grâce à l’électrification mais aussi grâce au véhicule autonome qui facilitera le partage et une plus forte utilisation des véhicules.

Beaucoup reste à faire pour s’assurer de la faisabilité technique d’une telle perspective. À titre d’exemple, on ne sait pas aujourd’hui si le réseau électrique serait en mesure de répondre à cette nouvelle demande.

Cette perspective semble s’inscrire dans une vision où l’électricité serait la seule solution pour remplacer le pétrole. La trajectoire vers une mobilité verte ne doit pas s’envisager à travers une seule option technologique : la généralisation d’une solution exclusivement électrique pose la question de la capacité du réseau à supporter de nombreuses recharges fréquentes et rapides, et également celle de la disponibilité des ressources pour fabriquer les batteries. Il semble plus raisonnable de privilégier une complémentarité entre des solutions gaz et électricité, les deux pouvant être d’origine renouvelable à terme et optimisées selon les usages et contextes. Le véhicule électrique a par exemple toute sa place en milieu urbain ou péri-urbain. Le véhicule gaz, déjà fortement présent dans d’autres pays, permet quant à lui d’effectuer des trajets sur des plus longues distances.

Enfin, pour ne pas augmenter les émissions de gaz à effet de serre, le véhicule électrique ne doit être encouragé qu’en parallèle d’une réduction de la consommation et d’un développement des renouvelables. Il convient également de s’interroger en amont sur l’évolution du parc de véhicule ; un modèle de véhicules partagés permettrait de réduire le nombre de véhicules en circulation et les impacts associés (zones de stationnement, énergie à la fabrication, …). Il n’est donc peut-être pas nécessaire d’envisager autant de véhicules en circulation en 2035.
Pour aller plus loin : https://decrypterlenergie.org/le-vehicule-electrique-permet-il-de-reduire-les-emissions-de-CO2

 

Réponse de TOTAL

Pour atteindre la moitié de la flotte de véhicules particuliers en 2035, il faut que la part de voitures électriques dans les ventes de véhicules neufs soit d’environ 30% en 2025 et de l’ordre de 85 à 90% en 2030 et 2035. Cela suppose une offre abondante de voitures électriques par différents constructeurs et à des prix adaptés pour tous types de consommateurs. Cela suppose également un accès facile et économiquement accessible à des moyens de recharge adaptés à des besoins variables. L’ensemble de ces exigences conduit à penser qu’il sera très difficile d’atteindre la moitié du parc de véhicules particuliers en 2035.

 

Commentaires de l’auteur :

La DGEC se borne à citer les conclusions très contestées des scénarii RTE qui affirment possible de fermer en plus des 3GW de charbon, 16 réacteurs à l’horizon 2035 tout en alimentant 15 millions de véhicules électriques.

L’Académie des Science, certaines des ONG non conviées à cette journée, des représentants du mouvement syndical et le conseil d’administration d’EDF ont fortement contesté les hypothèses retenues par ces scénarii RTE. Cette information n’a a notre connaissance pas été fournie aux 400. [A reprendre en doublon en citation]

EDF est favorable à une croissance du parc automobile électrique exprime de la confiance dans les progrès à venir et a décidé de se place en leader sur ce nouveau marché des véhicules électriques.

Total, quant à lui, connait bien les marchés du transport, ses premiers clients. Il a comme priorités : le pétrole et le gaz, et, émet des doutes sur l’objectif de 15 millions de véhicules électriques. On pourrait en effet observer que malgré des bonus incitatifs, les ventes de véhicules électriques ont du mal à dépasser 1,5% du marché.

La position exprimée de Négawatt mérite d’être lue attentivement ainsi que son étude proposée par renvoi. A la différence de beaucoup d’ONG s’affirmant écologistes, Négawatt est plutôt contre le développement des véhicules électrique et développe des arguments de raison.

La logistique à construire pour assurer les recharges de ces véhicules poserait selon Négawatt des problèmes d’équipement du réseau non étudiés et très coûteux.
Vient ensuite sa motivation fondamentale : Négawatt n’est pas favorable à tout ce qui pourrait favoriser une augmentation de la consommation d’électricité. La lecture de son étude « le véhicule électrique permet-il de réduire les émissions de CO2 » nous explique pourquoi : Négawatt dénonce l’illusion que serait pour lui, la promotion des recharges de nuit en expliquant qu’en hiver la puissance appelée la nuit est supérieure à la disponibilité d’un nucléaire réduit à 50% du mix, ce qui conduirait à la construction de nouveaux réacteurs, solution inacceptable pour Négawatt.

Cette hypothèse est contraire aux discours fréquents d’ONG pro renouvelables qui proposent une « synergie » entre les batteries des véhicules électriques et les renouvelables intermittents.

Au fond, si Négawatt préfère développer la mobilité au gaz, c’est d’abord pour éviter d’associer de probables recharges majoritaires de nuit à un système électrique à forte proportion de nucléaire, comme nous le constatons aujourd’hui pour les chauffe-eaux.
Sans l’avoir voulu, par une démonstration par l’absurde, Négawatt nous prouve que l’électrification des transports et un système nucléaire sont complémentaires.

Enfin Négawatt prônant le gaz vert pour tant d’usages ne nous a pas précisé d’abord comment, à partir d’une ressource limitée et en respectant les forêts, en ne prélevant que la biomasse qu’elles sont en capacité de renouveler, on pourrait alimenter toute la consommation et le transport, ensuite.

De plus comme le démontre l’exemple norvégien réussi, le développement du véhicule électrique passe par un très fort engagement de l’état à la fois financier et réglementaire. Qui le paye ? taxes sur le carburant ? impôts ?

En l’absence d’un tel plan voiture électriques crédible, qui aurait dû être présenté par la DGEC, comment tirer des conclusions d’un vote favorable des 400, qui pour leur grande majorité, n’ont aujourd’hui ni les moyens financiers ni les possibilités de recharges indispensables à l’achat d’un véhicule électrique ?

L’opinion perçoit l’intérêt des véhicules électriques davantage pour sa grande sensibilité aux pollutions de l’atmosphère des grandes villes que pour des motifs climatiques.

 

QUESTION 5 :
À VOTRE AVIS, LA RÉGLEMENTATION DES BÂTIMENTS DOIT-ELLE FAVORISER UN TYPE DE CHAUFFAGE (DEUX CHOIX POSSIBLES) :

❑ les radiateurs électriques ❑ les pompes à chaleur ❑ le chauffage au gaz ❑ le chauffage au bois ❑ aucun mode de chauffage

 

Réponse de DGEC

La priorité de la règlementation thermique des bâtiments doit être d’assurer de faibles consommations d’énergie. Elle fixe un résultat et n’a pas à favoriser tel ou tel moyen pour l’atteindre. La Réglementation Thermique 2012 (RT 2012) l’encadre par le Coefficient d’énergie primaire (Cep) pour les usages du bâtiment : chauffage, production d’eau chaude sanitaire, refroidissement, éclairage, auxiliaires ; et le Besoin Bioclimatique (Bbio) relatif à la performance de l’enveloppe. Ces critères seront maintenus dans la future réglementation environnementale.

La réglementation doit également favoriser la progression des énergies renouvelables par différents moyens disponibles : pompe à chaleur, géothermie et solaire thermique mais aussi biomasse, fournies par le bâtiment lui-même ou par des réseaux de chaleur alimentant le quartier.

Les autres énergies de chauffage ont des spécificités plus ou moins adaptées pour certains profils ou en appoint. La future réglementation associant un critère carbone au critère énergie permettra de mieux prendre en compte leurs caractéristiques.

Dans sa documentation adressée aux 400, la DGEC affirme : « Un radiateur électrique alimenté par une centrale à gaz est en général moins efficace qu’un chauffage à gaz. Notons enfin que le bilan carbone d’un radiateur électrique ou d’une pompe à chaleur est directement lié à la façon dont est produite l’électricité en amont. »

 

Réponse de EDF

L’effort, associé à la rénovation et à l’évolution de la réglementation pour les bâtiments neufs, doit en priorité porter sur les pompes à chaleur, qui associent chaleur renouvelable et électricité aujourd’hui très bas carbone.

La raison est double : cette solution est accessible et efficace (mais il faut travailler avec les professionnels pour l’étendre à un coût intéressant), et les autres solutions affichent un potentiel limité. Il sera notamment difficile d’obtenir du gaz renouvelable compétitif et en quantité : l’étude Adème récente annonce un coût de la molécule de l’ordre de 4 à 5 fois le coût de celle de gaz naturel.

 

Réponse de NÉGAWATT

Au-delà du développement d’un type de chauffage, la priorité doit avant tout être donnée aux actions permettant de réduire la consommation énergétique dans les bâtiments existants, telles que la mise en œuvre d’un programme massif de rénovation thermique performante. Celle-ci peut permettre de diviser par trois ou plus les consommations d’énergie et la facture de chauffage, tout en favorisant le changement de type de chauffage.

Pour atteindre les objectifs de la transition énergétique, il faut favoriser les générateurs de chauffage les plus performants. À ce titre, la pompe à chaleur est appelée à jouer un rôle majeur car elle peut considérablement réduire les consommations de chauffage, à condition d’être performante et bien dimensionnée.

Le chauffage au bois, oui, sous toutes formes et à condition d’utiliser des équipements performants disposant d’un bon rendement énergétique et rejetant peu de particules fines.

À l’inverse, les radiateurs électriques ne doivent pas être favorisés car ils sont peu efficaces, contribuent fortement aux pointes de consommation électrique en hiver, et sont coûteux à l’utilisation pour les consommateurs. Le chauffage au fioul doit être progressivement éliminé. Enfin, le chauffage au gaz doit également être écarté, pour privilégier l’utilisation du gaz d’origine renouvelable là où il est le plus utile à long terme, c’est-à-dire dans les transports.

 

Réponse de TOTAL

Pour le chauffage, le gaz doit être privilégié par rapport à l’électricité pour de simples raisons de rendement énergétique d’autant plus que le recours à l’électricité n’est pas le mieux adapté pour satisfaire des besoins dont la variabilité est forte en fonction des saisons ou des heures de la journée.

 

Commentaires de l’auteur :

Les réponses de Total et d’EDF sont conformes aux intérêts commerciaux qu’ils défendent légitimement.

Notons une rare convergence EDF / Négawatt, pour prôner les pompes à chaleur. EDF relève que le développement du gaz renouvelable souhaité par Négawatt pour le transport demanderait de très gros concours financiers en termes d’aides.
Pompes à chaleur, des frigidaires à l’envers, multiplient par plus de trois l’efficacité de l’énergie électrique reçue en prélevant de la chaleur dans la source froide, par exemple dans l’air.

Le critère bas carbone n’est cité explicitement que par EDF, la DGEC liant associe le bilan carbone d’un radiateur électrique à la façon dont l’électricité est produite.
S’adressant à des citoyens demandeurs d’information, pourquoi oublie-t-elle de leur rappeler que l’électricité française est bas carbone ? Comment ont-ils pu voter sans tenir compte de cette réalité ?

Enfin qu’ont pu comprendre le G 400 du critère Cep évoqué par la DGEC ? La Cep ou énergie primaire multiplie par 2,58 l’énergie finale des radiateurs électriques, alors que celle provenant du gaz bénéficie actuellement du coefficient 1. Il aurait fallu l’expliquer au G 400. L’application de la réglementation actuelle favorise le gaz aux dépends de l’électricité, ce qui contribue à augmenter les émissions de gaz à effet de serre de la France. Il y a donc une convergence d’intérêts pour favoriser le gaz entre Total et la DGEC dont on comprend alors la discrétion. Pour qui roule la DGEC ?

 

QUESTION 6 :
S’AGISSANT DES EFFORTS À ENGAGER POUR CHACUNE DES ÉNERGIES RENOUVELABLES SUIVANTES, FAUT-IL ACCÉLÉRER, RALENTIR OU MAINTENIR LE RYTHME DE L’ÉNERGIE

Éoliennes à terre :   ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Éoliennes en mer :   ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Photovoltaïque :   ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Biogaz :    ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Bois :     ACCÉLÉRER❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Énergie hydroélectricité :    ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

Géothermie :    ACCÉLÉRER ❑ RALENTIR ❑ MAINTENIR ❑

 

Réponse de DGEC

L’atteinte des objectifs nationaux et européens en termes d’énergie renouvelable nécessite une accélération de toutes les filières. Les efforts à engager dépendent du gisement disponible de chaque filière, de leur maturité et de leur compétitivité.

Pour la biomasse, les efforts doivent porter en priorité sur la mobilisation de la ressource ;

Pour l’éolien ou le solaire, les progrès technologiques et les baisses de coûts rendent possible une accélération des rythmes de développement à un coût maîtrisé dans le respect des enjeux de protection des paysages et de la biodiversité ;

Le potentiel de l’hydroélectricité est limité par un taux d’équipement déjà important et par les enjeux de protection de l’environnement, mais il existe encore une marge d’optimisation du parc ;

Pour la géothermie, les investissements actuels sont très importants pour développer la technologie à grande profondeur et laissent augurer une accélération possible du développement de la filière dans la décennie à venir.

 

Réponse de EDF

Il n’y a pas une énergie renouvelable qui domine les autres, il faut les faire progresser en veillant à maîtriser les coûts et l’apport de chacune à la dé-carbonisation, afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité de nos entreprises.

 

Réponse de NÉGAWATT

Éoliennes à terre : ACCÉLÉRER
Éoliennes en mer : ACCÉLÉRER
Photovoltaïque : ACCÉLÉRER
Biogaz : ACCÉLÉRER
Bois énergie : ACCÉLÉRER
Hydroélectricité : MAINTENIR LE RYTHME
Géothermie : MAINTENIR LE RYTHME

La France est en retard sur ses objectifs européens : elle doit accélérer le rythme de développement des Énergies Renouvelables (EnR) de manière conséquente pour atteindre l’objectif intermédiaire fixé à 23 % d’EnR dans la consommation finale brute d’énergie en 2020.

Les gains de compétitivité des énergies renouvelables, leur efficacité et leur complémentarité permettent désormais d’envisager sérieusement une couverture à 100 % de nos besoins par les énergies renouvelables à l’horizon 2050 :

  • Le bois-énergie est la première source d’énergie renouvelable et permet de répondre aux besoins de chauffage ;
  • Le biogaz peut être utilisé en remplacement du pétrole dans nos véhicules ;
  • Enfin, l’éolien et le photovoltaïque peuvent assurer la majorité des besoins en électricité, en complément de l’hydraulique existant (et des solutions de stockage pour gérer leur variabilité peuvent être déployées à cet horizon).

Les énergies renouvelables sont à privilégier par rapport aux énergies fossiles et nucléaire car elles sont inépuisables et ont un impact bien moindre sur l’environnement – tant vis-à-vis des risques industriels qu’en terme de fardeaux pour les générations futures -, que ce soit au niveau local ou mondial.

Pour aller plus loin : https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2017-2050

 

Réponse de TOTAL

Il convient d’accélérer sur le solaire dont le prix a beaucoup baissé depuis la promulgation de la loi sur la transition énergétique et la croissance verte.

L’éolien offshore peut également progresser plus vite sous réserve de l’acceptabilité locale des implantations prévues. Les coûts actuels de l’éolien offshore rendent, sauf exception, cette solution encore trop onéreuse.

 

Commentaires de l’auteur :

Il est demandé aux citoyens du G 400 de s’exprimer sur le rythme de développement des énergies renouvelables. Mais, parler d’optimisation de déploiement de moyens sans avoir au préalable mis au clair et hiérarchisés ses objectifs, a-t-il un sens ?

Pour Total, entreprise sensible aux calculs économiques, la cause de l’offshore est entendue, la technologie étant trop onéreuse. Or aucune information sur les coûts à venir des dernières décisions de lancement des parcs offshore (Achats à 150€/MWh, coût prévisionnel sur 20 ans 26,5Mds euros) n’a été fournie au G 400. Total très engagé sur le solaire, soutient cette technologie qu’il déploie avec succès en dehors de l’hexagone.

La DGEC se positionnent clairement sur des objectifs de moyens et non de finalités en faisant référence à l’Europe, sans donner plus de précisions sur les impacts de ce déploiement de renouvelables sur les vrais objectifs de la France. Le bilan des dernières années a démontré que  l’injection de 6% de renouvelables n’avait eu aucune influence significative sur le volume de nos émissions.

Négawatt prend comme référence une vision d’une France totalement convertie aux énergies renouvelables dès 2050, donc demande d’accélérer ou de maintenir les rythmes de développement.

En trois lignes, EDF nous offre ce qu’aurait pu être une introduction à un vrai débat sur le déploiement des différents renouvelables en énumérant trois objectifs : décarbonisation (oubliée par la DGEC !), compétitivité et pouvoir d’achat des ménages.

Si les débats du G 400 avaient été organisés à partir de cet énoncé, et si la DGEC avait fourni cas par cas des éléments d’appréciations à la contribution de chaque énergie renouvelable aux trois objectifs nommés par EDF, les votes finaux des citoyens du G400 auraient eu une valeur incontestable.

 

QUESTION 7 :
À VOTRE AVIS, FAUT-IL FIXER L’OBJECTIF DE RÉDUCTION DE LA PART DU NUCLÉAIRE À 50 % DE LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ :

❑ comme prévu en 2025 ❑ en 2030 ❑ en 2035 ❑ au-delà de 2035

 

Réponse de DGEC

Les études menées par RTE montrent que l’échéance de 2025 soulève d’importantes difficultés de mise en œuvre au regard de nos engagements en matière climatique : malgré le développement volontariste des énergies renouvelables, et du fait de la faible maturité à court terme des solutions de stockage, la France serait contrainte de construire une vingtaine de nouvelles centrales à gaz dans les 7 prochaines années pour assurer la sécurité d’approvisionnement lors des pointes de consommation, conduisant à une augmentation forte et durable de nos émissions de gaz à effet de serre.

La PPE doit établir une trajectoire ambitieuse d’évolution du mix électrique permettant d’atteindre le plus rapidement possible les objectifs fixés par la loi en prenant en compte l’impératif climatique, la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité économique du pays et la soutenabilité financière de la transition, et en préservant la possibilité de faire des choix en fonction des évolutions technologiques et économiques à venir.

Citation de la documentation DGEC fournie dans le dossier de base adressé au G 400 : « Le gouvernement de son côté a retenu deux scénarios produits par RTE. Ils prévoient la réduction de la part du nucléaire au fur et à mesure de la montée en puissance des énergies renouvelables. L’un (Ampère) aboutit au chiffre de 50 * % autour de 2035, l’autre (Volt) reporte cet objectif à une date indéterminée probablement au-delà de 2035. »

 

Réponse de EDF

Le Gouvernement dans sa déclaration du 7 novembre 2017 a confirmé le principe d’un socle de 50% de nucléaire mais sans préciser la date à laquelle nous pourrions parvenir à cet objectif.

EDF n’a pas proposé de nouvelle échéance pour la raison suivante : nous comptons commencer à arrêter des centrales à partir de 2029, au commencement des cinquièmes visites décennales. Jusque- là, le parc nucléaire actuel est pleinement compatible avec les différents scénarios de développement des renouvelables en France, son exploitation est rentable, profitable pour le pays en termes d’emplois et d’exportations d’électricité.

 

Réponse de NÉGAWATT

ENTRE 2025 ET 2030 En mobilisant les potentiels d’action sur la consommation électrique et de développement des énergies renouvelables, la France peut atteindre ses objectifs de réduction de la part du nucléaire à 50 % entre 2025 et 2030 dans des conditions économiques et sociales acceptables. À l’inverse, le report de cet objectif suppose une stratégie de prolongation de l’exploitation du parc qui pose d’importants problèmes de sûreté et d’accumulation supplémentaire de déchets, et risque de s’avérer très coûteuse. Globalement, repousser l’objectif est la plus mauvaise manière de commencer à le mettre en œuvre.

Pour aller plus loin : https : //www.negawatt.org/IMG/pdf/180328_intervention-debat-public_ppe_nucleaire.pdf

 

Réponse de TOTAL

Le rythme de réduction doit résulter d’une analyse coûts bénéfices réaliste et tenir compte du développement des énergies alternatives et notamment de l’accélération du déploiement des renouvelables et en particulier du solaire pour s’assurer de la satisfaction de la demande.

Il convient par ailleurs d’éviter d’arrêter des centrales nucléaires techniquement en état de marche et économiquement rentables dès lors que les conditions d’opération en pleine sécurité sont assurées.

L’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50% d’électricité devrait donc être fixé au-delà de 2035.

 

Commentaires de l’auteur :

Notons d’abord que cette question est fermée. On ne m’offre que le choix de la date, pas de la finalité. Il n’y a pas de case correspondant à une réponse du type : « l’objectif de 50% a eu une origine politique et n’a pas été précédé par une étude objective décrivant ses avantages et inconvénients. »  Personnellement j’aurais refusé de voter. Il est normal dans une démocratie que de temps en temps on fasse le bilan des décisions politiques du passé et que l’on ait la liberté de remettre en cause des croyances supposées éternelles. L’exercice de la PPE, comme la Stratégie Nationale Bas Carbone, doit aussi tenir compte de l’engagement COP 21 de la France de réduire de 40% nos émissions entre 1990 et 2030, postérieur à la LTE et à avaleur juridique.

Dans ce contexte la DGEC n’a pas d’autres choix que de rappeler les positions de départ de son ministre. Mais remercions le fonctionnaire rédacteur pour avoir introduit la phrase suivante : « La PPE doit établir une trajectoire ambitieuse d’évolution du mix électrique permettant d’atteindre le plus rapidement possible les objectifs fixés par la loi en prenant en compte l’impératif climatique, la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité économique du pays et la soutenabilité financière de la transition, et en préservant la possibilité de faire des choix en fonction des évolutions technologiques et économiques à venir. »

Et d’avoir évoqué : la faible maturité à court terme des solutions de stockages.

Négawatt rappelle son objectif ultime principal de sortir du nucléaire. Le 50% n’est pour lui qu’une étape. Il est dès lors logique que Négawatt recommande 2025.

Total n’a pas d’intérêts majeurs directs dans le choix d’une date pour réaliser le 50%. Machiavéliquement Total aurait pu choisir la date la plus précoce puisqu’il ressort des dires de la DGEC que de forcer sur 2025 conduirait à ouvrir de nouvelles centrales au gaz qui pourraient intéresser commercialement le producteur de gaz russe Total.

Mais Total nous offre une réponse d’entreprise bien gérée : on n’arrête pas une installation industrielle rentable dès lors que les conditions d’exploitation en pleine sécurité sont assurées. C’est ce que nous attendons de cette entreprise quand se posera le devenir de ses raffineries et installations pétrochimiques encore localisées dans l’hexagone soumises à la concurrence mondiale.

EDF qui est une entreprise sous tutelle, y compris stratégique, de l’état (et dont le président est révocable à tout moment), n’a pas d’autre possibilité dans le contexte politique actuel que d’accepter dans ses communications l’objectif du 50% de nucléaire. Compte d’une consommation d’électricité à prévoir en hausse   prolonger l’exploitation de centrales rentables est intéressant pour le pays à tous points de vue.

Comment pouvoir voter avec rationalité face à cette question, si le préalable d’hypothèses crédibles d’augmentation de la consommation d’électricité dé-carbonée se substituant aux fossiles n’a pas été tranché ?

 

QUESTION 8 :
À VOTRE AVIS, FAUT-IL DÉCIDER AVANT 2028

❑ de la fermeture d’autres centrales que Fessenheim
❑ de l’ouverture de nouveaux EPR
❑ du prolongement de nombreux réacteurs au-delà de 50 ans

 

Réponse de DGEC

En adoptant la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le Gouvernement définira une trajectoire de réduction progressive de la part du nucléaire pour atteindre les 50 %, en garantissant la sécurité d’approvisionnement électrique et la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Pour se conformer à cette trajectoire, la PPE pourra prévoir la fermeture, la prolongation de réacteurs du parc existant, ou leur renouvellement par de nouveaux EPR ou d’autres moyens de production. La centrale de Fessenheim sera fermée préalablement à la mise en service de l’EPR de Flamanville, qu’EDF annonce à ce stade pour fin 2018.

 

Réponse de EDF

DE LA FERMETURE D’AUTRES CENTRALES QUE FESSENHEIM

  • EDF se prépare à des premières fermetures à partir de 2029. Ceci suppose une décision 3 à 5 ans avant l’échéance, donc avant 2028.

DE L’OUVERTURE DE NOUVEAUX EPR

  • Garantir un système électrique dé-carboné pour 2050 demandera de construire de nouveaux réacteurs, le parc actuel s’arrêtant progressivement. La construction de ces nouveaux réacteurs devra être échelonnée : une première mise en service peu après 2030, demande une décision bien avant 2028.

DU PROLONGEMENT DE TRÈS NOMBREUX RÉACTEURS AU-DELÀ DE 50 ANS

  • La proposition d’EDF est de prévoir des fermetures réparties entre des fermetures à 50 ans et des fermetures à 60 ans, donc d’exploiter une large partie du parc au-delà de 50 ans : fermer à un âge donné créerait une rupture très concentrée dans le temps, qui serait extrêmement difficile et coûteuse à gérer, industriellement, socialement et dans chaque territoire
  • Le parc existant offre une électricité très compétitive, sans émission de CO2, avec des exportations et porteuse d’emplois qualifiés en France, donc en faveur des ménages, des entreprises et du pays. 220 000 emplois sont concernés.

 

Réponse de NÉGAWATT

DE LA FERMETURE D’AUTRES CENTRALES QUE FESSENHEIM :

  • Si l’on souhaite engager une trajectoire de réduction de la part du nucléaire à 50 % de la production électrique, cela signifie réduire le nombre de réacteurs en fonctionnement, puisque la consommation électrique ne devrait plus augmenter dans les prochaines années (c’est ce qu’affirme RTE, le gestionnaire du réseau électrique). Il est donc nécessaire d’élaborer et de mettre en œuvre une trajectoire de fermeture des réacteurs nucléaires à court et moyen termes, afin d’anticiper au mieux les besoins d’accompagnement et de reconversion des territoires concernés.

DE L’OUVERTURE DE NOUVEAUX EPR :

  • La construction de l’EPR de Flamanville est un échec industriel, et EDF reconnaît déjà que le nouveau modèle d’EPR en développement restera plus cher que les énergies renouvelables. Dans ce contexte, ce développement ne répondrait à aucun besoin spécifique.

DU PROLONGEMENT DE TRÈS NOMBREUX RÉACTEURS AU-DELÀ DE 50 ANS :

  • Aucun réacteur dans le monde n’a aujourd’hui atteint 50 ans, et les conditions de sûreté et de coût d’une exploitation au-delà posent question. Il faudra dans tous les cas d’abord décider de la prolongation ou non au-delà de 40 ans, qui est la durée de vie pour laquelle le parc nucléaire a initialement été conçu : l’Autorité de sûreté nucléaire exige que les réacteurs prolongés soient pour cela portés au niveau de sûreté de réacteurs de type EPR neufs, et les conditions techniques et économiques dans lesquelles cette exigence peut être respectée sont pour le moins incertaines.

 

Réponse de TOTAL

Le nucléaire a apporté de l’indépendance énergétique à la France et des coûts d’électricité très compétitifs. Cependant chaque année qui passe montre une augmentation du coût prévisionnel de la génération nucléaire future pour de nouveaux EPR qui ne sont pas compétitifs avec des solutions alternatives au gaz par exemple, même en introduisant un coût du CO2 de l’ordre de 30 €/t.

 

Commentaires de l’auteur :

C’est une double question :

  • Prolongation de la vie du parc historique, ce qui doit être décidé par la PPE en débat
  • Décision de lancer un nouveau nucléaire pour laquelle les citoyens ne disposent pas des éléments d’information. Le ministrede l’Économiene dit pas autre chose quand il affirme que la mise en production de Flamanville est un préalable à toute décision française sur le nouveau nucléaire. Le Royaume Uni lui a décidé la construction de deux EPR avec l’appui du ministre de l’économie français de l’époque. Cette question devra être tranchée plus tard dans le quinquennat actuel.

Redoutable première question : faut-il fermer des réacteurs, et si oui lesquels ? Citoyen votant, toi ou quelqu’un de tes proches travaille sans doute dans une entreprise qui lutte pour sa survie conditionnant son emploi et son avenir. Imagine-toi regardant Néron demandant au peuple romain massé dans le cirque de lever ou baisser le pouce pour décider si oui ou non il faut économiquement et socialement condamner à mort ton entreprise !

Négawatt baisse le pouce. Dans son introduction, le ministre l’avait  proposé pour 8 à 16 réacteurs. Évaluation INSEE pour Fessenheim : perte de 1100 emplois directs et indirects par réacteur, 2200 en tout.

Par ailleurs,  le grand carénage, alternative à une fermeture des réacteurs du parc historique après quarante ans et qui propose de prolonger leur durée de vie jusqu’à cinquante ou soixante ans en prenant les mesures correspondantes demandées et contrôlées par l’ASN, la DGEC dans sa documentation initiale cite comme évaluation du coût du grand carénage, le chiffre EDF de 45Mds, comparé à une évaluation de la Cour des Comptes de 100 Mds d’euros et un chiffre de 200Mds d’euros lancé par Greenpeace sans autres commentaires.

Le citoyen devant voter serait en droit de demander à la DGEC, qui compte en son sein une commissaire du gouvernement auprès d’EDF, de l’éclairer sur son vrai coût prévisionnel puisqu’elle semble laisser entendre qu’elle ne le connaît pas.

La commissaire du gouvernement a toute liberté pour accéder aux données comptables d’EDF traitant des coûts d’investissements déjà réalisés d’EDF sur les composants du grand carénage (soupapes, re-combinateurs d’hydrogène, PC bunkérisés, groupes diesels générateurs, pompes et réserves d’eau sécurisés…). Pour cela la DGEC pourrait faire appel éventuellement à des comptables professionnels différents de Greenpeace qui jusqu’ici n’était pas une référence en matière d’audit objectif et donc donner un avis autorisé sur la communication d’EDF sur le coût cash prévisionnel du parc historique après grand carénage de 33€/MWH, très compétitif face à celui du meilleur concurrent, le lignite allemand qui produit aux environs de 45€/MWH. Enfin pourquoi n’avoir pas précisé que la Cour des Comptes a évalué l’ensemble des investissements, maintenance et grand carénage, alors qu’EDF les distingue.

On ne s’y comporterait pas autrement si l’on voulait embrouiller le citoyen !

Concernant le nouveau nucléaire, avec prudence la DGEC s’en remet aux décisions à venir du gouvernement.

Mais dans sa documentation initiale elle affirme : « Le ministre de la Transition écologique et solidaire n’a pas fait preuve d’un très grand enthousiasme devant cette demande. Les opposants au nucléaire sont contre une telle décision car selon leurs termes :

  • L’EPR n’apporte rien de neuf sur le plan de la technologie et de la gestion des déchets radioactifs.
  • Les coûts de Flamanville sont passés de 3,3 milliards prévus à 10,5 milliards et donc l’électricité EPR coûterait plus cher (voir le tarif conclu avec de Hinkley Point en Grande-Bretagne à 110 $ le MWh).
  • Décider de nouveaux réacteurs EPR, c’est mettre beaucoup d’argent alors qu’on doit investir sur les économies et les ENR ».

Total toujours fidèle à son positionnement d’entreprise attentive aux critères de rentabilité défend le parc actuel, mais émet des doutes sur les coûts prévisionnels de nouveaux EPR et retient comme critère une taxe carbone de 30€/t.

EDF prose de gérer de façon responsable socialement et industriellement une transition entre l’ancien et le nouveau nucléaire en évitant un effet falaise, ce qui conduirait à prolonger au moins jusqu’en 2029 le parc historique. Une décision sur le nouveau nucléaire devra être impérativement prise au cours de ce quinquennat.  

 

Conclusion de l’auteur

Les défis d’un réchauffement climatique incontrôlé, de la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays, en particulier de la fiabilité d’un système électrique qui, non seulement alimente avec les autres énergies les muscles économiques du pays, mais aussi ses neurones, concernent tous les français dans leurs convictions et intérêts les plus chers. Aussi l’auteur ne peut que se féliciter que les organisateurs de ce débat aient cherché à tenir compte de leurs avis en organisant une consultation de quatre cent citoyens volontaires.

Correctement animés, ayant été préalablement informés des données d’un problème, les groupes tendent vers l’objectivité et sont créatifs.

Etait-il possible avec seulement une journée d’échanges et la documentation telle que nous avons pu l’analyser d’aboutir à partir de cet échantillon à une appréciation fondée tenant compte des opinions complexes des citoyens ?

N’ayant pas été témoin des échanges et débat, l’auteur se gardera bien de tout jugement les concernant.

Mais l’examen attentif de la documentation qui leur a été fournie ainsi que le choix de la commission de leur demander d’exprimer leurs opinions dans des réponses à des questions fermées le fait douter de la pertinence des conclusions qu’elle en a tirées.